Le problème dans notre façon de parler du célibat

Le célibat est presque universellement présenté comme un état transitoire — quelque chose que l'on vit entre deux relations, ou que l'on endure en attendant de trouver un partenaire. L'idée d'être "célibataire heureux" est traitée comme un paradoxe, ou comme quelque chose que les gens disent lorsqu'ils se résignent à une situation qu'ils préféreraient changer. Le message, véhiculé constamment par la culture et la pression sociale, est que le célibat est acceptable pour l'instant, mais qu'il ne devrait pas être votre état permanent — et plus tôt vous le dépasserez, mieux ce sera.

Cette manière de présenter les choses est à la fois inexacte et nuisible. Elle rend réellement plus difficile de profiter de son célibat, car on est censé chercher à y mettre fin plutôt qu'à vivre pleinement dedans. Et elle engendre une dynamique particulière dans la recherche de relations, une dynamique de désespoir plutôt que de discernement — on cherche quelqu'un pour mettre fin à son célibat plutôt que de chercher une personne spécifique qui nous convienne vraiment.

Ce guide porte sur une relation différente avec le célibat — une relation fondée sur le fait de vivre sa vie plutôt que d'attendre qu'elle commence.

Ce qu'exige le véritable bonheur en tant que personne célibataire

S'approprier pleinement son temps

L'un des véritables privilèges du célibat — rarement reconnu — est la souveraineté totale sur son temps. Chaque soirée, chaque week-end, chaque jour férié vous appartient et vous pouvez les organiser selon vos propres préférences. Il n'y a pas de négociation, pas de compromis, pas besoin de composer avec l'emploi du temps ou les préférences d'une autre personne. Pour les personnes qui ont vécu des relations exigeantes, cette liberté peut être désorientante au début ; elle peut aussi, une fois pleinement vécue, être extraordinaire.

Utiliser cette souveraineté sur son temps de manière délibérée — construire des routines et des expériences que l'on choisirait vraiment — est fondamental pour le bonheur dans le célibat. L'alternative est une sorte d'existence passive où l'on n'est pas vraiment en couple mais où l'on ne vit pas vraiment pour soi-même, attendant juste l'entre-deux.

Construire une véritable richesse sociale

Dans la culture du couple, la vie sociale se fait souvent par défaut autour d'activités de couple — dîners entre couples, cercles sociaux organisés autour des foyers. Les personnes célibataires doivent être plus intentionnelles pour construire et maintenir un monde social qui ne dépende pas d'un partenariat. Des amitiés profondes, une communauté d'une certaine sorte, des interactions sociales régulières que l'on a cultivées activement — cela est à la fois plus satisfaisant qu'une participation sociale passive et directement lié au bonheur général de la vie, dont la recherche montre constamment qu'il dépend plus des connexions sociales que du statut amoureux.

Développer sa vie intérieure

Le célibat crée — ou peut créer — un temps et un espace significatifs pour la connaissance de soi que le partenariat compresse souvent. La lecture, la réflexion, la pratique créative, la thérapie, les voyages, l'apprentissage de nouvelles choses — ces activités par lesquelles vous vous comprenez plus profondément et vous développez plus richement en tant que personne — sont réellement plus accessibles lorsque vous êtes célibataire que lorsque vous construisez une vie avec quelqu'un d'autre. Ce n'est pas une compensation. C'est l'un des dons spécifiques de cette étape de vie, et les personnes qui l'utilisent bien ont tendance à apporter une personnalité plus formée, plus consciente d'elle-même et plus intéressante dans leurs relations éventuelles.

Poursuivre ce que l'on veut vraiment

Sans partenaire, chaque décision importante — où vous vivez, comment vous dépensez votre argent, comment vous structurez votre carrière, ce que vous mangez au dîner — vous appartient. C'est une opportunité de faire des choix basés entièrement sur vos propres valeurs et désirs plutôt que par une négociation perpétuelle. Beaucoup de gens, lorsqu'ils le font vraiment, découvrent que leurs préférences divergent de manière intéressante de la façon dont ils vivaient en couple. La découverte est précieuse, indépendamment de ce que vous trouvez.

Se sentir à l'aise en sa propre compagnie

Beaucoup de gens sont mal à l'aise seuls — pas temporairement ou occasionnellement, mais structurellement. Le silence et la solitude déclenchent de l'anxiété ; la réponse par défaut est de remplir chaque espace de distractions. Apprendre à être réellement à l'aise en sa propre compagnie — à apprécier la solitude plutôt qu'à simplement la supporter — est l'une des choses les plus précieuses que l'on puisse développer en tant que personne célibataire. C'est aussi directement pertinent pour la qualité des relations : les personnes qui sont mal à l'aise seules font souvent des choix désespérés dans leurs relations, car l'alternative semble insupportable.

La pratique est simple, si elle n'est pas facile : passez du temps seul sans tout remplir avec du temps d'écran ou d'autres distractions. Marchez parfois sans écouteurs. Dînez en silence sans regarder votre téléphone. Laissez-vous parfois vous ennuyer. L'inconfort passe ; ce qui reste est un confort véritable avec soi-même.

Ce qu'il faut arrêter de faire

Arrêtez de considérer le célibat comme un problème à résoudre

Tant que vous considérerez le célibat comme une condition temporaire à résoudre au plus vite, vous ne l'habiterez pas pleinement — et cette inhabitation partielle vous rendra moins heureux, à la fois en tant que personne célibataire et en tant que futur partenaire. L'alternative est de considérer cette période comme une phase légitime de votre vie, avec ses propres avantages et opportunités, plutôt que comme une salle d'attente.

Arrêtez de mesurer votre vie par rapport à vos pairs en couple

Les médias sociaux et la comparaison sociale facilitent la comparaison de votre vie avec celle de vos amis en couple, fiancés, mariés ou parents. Cette comparaison engendre une inadéquation chronique, quelle que soit la qualité réelle de votre vie, car vous comparez votre réalité au "meilleur des cas" soigneusement sélectionné par quelqu'un d'autre. La vie que vous menez n'est comparable qu'à vos propres valeurs et à vos propres possibilités — pas à ce que les gens de votre âge sont censés faire conventionnellement.

Arrêtez de refuser des choses parce que vous y iriez seul

Voyages, restaurants, événements, expériences — beaucoup de gens refusent des choses qu'ils apprécieraient vraiment parce qu'y aller seul leur semble gênant ou triste. Cela aggrave la pauvreté sociale qui donne l'impression d'une vie de célibataire insignifiante. Aller seul à des choses que vous voulez faire est à la fois une expansion pratique de votre vie et un signal que votre vie vaut la peine d'être vécue. Beaucoup de gens rapportent que leurs expériences de célibataire les plus mémorables se sont produites lors d'événements auxquels ils ont failli ne pas assister parce qu'ils y allaient seuls.

Pourquoi cela importe pour les relations futures

Voici la raison pratique de développer un véritable bonheur en tant que personne célibataire, au-delà du bien-être immédiat qu'il procure : les personnes qui sont véritablement heureuses en solo sont considérablement mieux placées pour former des relations saines que les personnes désespérées de trouver un partenaire.

Les personnes qui ont besoin d'une relation pour être heureuses font des choix par nécessité plutôt que par une évaluation réelle de la compatibilité. Elles acceptent moins qu'elles ne le devraient, restent dans des situations qui ne fonctionnent pas parce que l'alternative semble pire, et apportent une dépendance émotionnelle aux relations qui exerce une pression insoutenable sur leur partenaire.

Les personnes qui sont véritablement bien seules — qui ont une vie épanouie, une estime de soi stable et aucune desperation quant à leur statut relationnel — choisissent par abondance. Elles peuvent évaluer les partenaires potentiels en fonction de leur adéquation réelle plutôt que de se demander "sont-ils disponibles et intéressés ?". Elles entrent dans des relations comme un ajout à une vie déjà bonne plutôt qu'un sauvetage d'une mauvaise. La qualité des relations qu'elles forment, et celles qu'elles attirent, est systématiquement différente.

Apprendre à bien vivre son célibat n'est pas un lot de consolation. C'est une préparation.